Robert Scharfe (Bourse de Luxembourg) : 50 nuances de vert

Le Président du Comité Exécutif de la Bourse de Luxembourg, Robert Scharfe, nous fait part des débuts de la première Bourse verte au monde, « Luxembourg Green Exchange » (LGX). Entretien.

 

Comment cette bourse verte a-t-elle vu le jour ?

Lors de la préparation de la COP21, nous avions pour ambition de mobiliser un nombre d’acteurs importants autour d’une feuille de route inspirée des leçons tirées du protocole de Kyoto. Ces dernières années, nous constatons une augmentation significative du volume d’emprunts obligataires qualifiés de verts. Après la ratification de l’Accord de Paris par l’Union Européenne et par l’Inde, nous atteindrons 55% de signataires représentant 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui est une bonne nouvelle pour le marché de la Finance verte, à la veille de la COP22 qui doit se concentrer sur la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris.

Dans ce contexte, et en tant que principale bourse de cotation pour les emprunts verts internationaux, nous nous sommes interrogés non seulement sur le potentiel, mais également sur les limites de ce marché. Une obligation verte n’est rien d’autre qu’une obligation  dont les fonds servent à financer des projets environnementaux et de lutte contre le changement climatique. Si aujourd’hui, le caractère vert de ces obligations découle principalement d’une auto-labellisation des émetteurs eux-mêmes, notre volonté est d’ériger les meilleures pratiques du marché, en matière de transparence, en critères d’éligibilité obligatoires pour être affiché sur notre plateforme LGX. Ce cadre strict a pour objectif, non seulement  de répondre à un besoin croissant des investisseurs de disposer d’informations quant à l’utilisation des fonds levés, mais aussi de rendre visibles et de valoriser les efforts de transparence des émetteurs vis-à-vis des investisseurs. À travers la mise en place d’un Green Advisory Board, la Bourse de Luxembourg se réserve également le droit d’exclure certaines catégories de projets (comme la production d’énergie nucléaire) de la plateforme LGX, en fonction de l’évolution des pratiques du marché.

 

Quel sera l’impact de cette bourse green sur le long terme ? Quels sont ses objectifs ?

Nous souhaitons participer activement à la lutte contre le réchauffement climatique et aux actions pour le climat dont le financement est indispensable et doit être organisé. Les obligations vertes peuvent ainsi activement contribuer à une transition énergétique devenue incontournable : tout émetteur - quel que soit son secteur d’activité - doit être encouragé à se tourner vers des services, des produits et des pratiques plus responsables et durables. Du point de vue des investisseurs, ces obligations représentent un moyen de diversifier leur portefeuille d’actifs et d’en limiter l’exposition aux risques climatiques. Les besoins en investissements verts nécessitent de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possibles : États, bourses, banques, corporates, etc. Les investissements massifs traditionnels vont devoir se tourner progressivement vers des secteurs et des projets visant à limiter le réchauffement climatique. A ce titre, LuxFLAG a  lancé le 23 Septembre 2016 un nouveau label « financement climatique » destiné à certifier les fonds qui investissent dans des activités ayant un impact positif dans le combat en faveur du climat. Il est désormais prouvé que la prise en compte, par les entreprises, d’une démarche intégrant des facteurs extra-financiers (ESG) dans leur business model, participe à l’amélioration globale de leur performance économique. Les consommateurs, comme les investisseurs, exigent de plus en plus d’être informés et sensibilisés à la manière dont les produits sont conçus, de connaître les conditions de travail des personnes participant à leur réalisation et plus généralement, d’en mesurer l’impact sur l’environnement. Certaines initiatives de pays voisins vont clairement dans ce sens. Par exemple, la France – dans le cadre de sa loi sur la transition énergétique - invite les sociétés de gestion de portefeuille et certains investisseurs institutionnels, à publier des informations sur la manière dont ils prennent en compte des critères sociaux, environnementaux et de qualité de gouvernance dans leurs politiques d’investissement. Les pouvoirs publics pourraient, à terme, mettre en place un dispositif réglementaire incitatif ou contraignant allant dans cette direction.

« Exploiter différemment pourrait signifier exploiter plus longtemps. »

Robert Scharfe

 

Comment le Luxembourg a su s’imposer ?

La Bourse de Luxembourg a toujours été un précurseur, comme c’est le cas avec le lancement de cette première bourse verte. Nous souhaitons promouvoir les meilleures pratiques du marché. Les investisseurs, comme les émetteurs, y attachent une importance croissante. Les investissements responsables/verts occupent une place de plus en plus importante dans les portefeuilles d’investissement des compagnies d’assurance ou des grands fonds de pension. Tout comme le Luxembourg, on voit également d’autres places financières suivre ce mouvement et tenter de se positionner comme centre de la Finance verte.

 

Quelle analyse faites-vous des entreprises dites vertes en Europe ?

Il s’agit d’un énorme mouvement mis en œuvre. Même les grands groupes pétroliers prennent conscience des risques liés au désinvestissement massif dans les énergies fossiles. Ils travaillent afin de se détourner progressivement de modèles qui sont aujourd’hui menacés et cherchent à se diversifier. « Exploiter différemment pourrait signifier exploiter plus longtemps », ce à quoi ils sont de plus en plus sensibles. Notre rôle, en tant que Bourse, est notamment de rendre compte, en toute transparence, du caractère vert de l’instrument, plutôt que d’évaluer le profil de l’émetteur. Nous souhaitons en effet encourager tous les émetteurs à effectuer leur transition vers des activités principales durables.

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